Plein  Chant



Les pâtissiers, les fleuristes, les bijoutiers, les parfumeurs ne vous laisseront pas ignorer que la Saint-Valentin, c'est bientôt. Plein Chant joue le jeu avec un sonnet d'esprit très moderne, publié en 1658. Mais rebelle, toujours, Plein Chant vous donne aussi à lire les trois premières stances d'une pièce en vers qui en comptait seize, publiée en 1555 et due à Jacques Tahureau, moderne, elle, par son esprit contestataire.


     La Saint-Valentin         






SONNET


A la fin vostre indifférence
Ne s'oppose plus à mes vœux,
Et i'obtiendray la recompence
Que pretend mon cœur amoureux.

Mais certain poinct de conscience
Rend encore mon bon-heur douteux,
Hélas ! qu'un peu de violence
Nous feroit de bien à tous deux.

Quand l'amour fougueux me transporte
Si je vous prenois à main forte,
Aprés avoir bien combattu,

Vous auriez, aimable Clarice,
Le merite de la vertu,
Et le plus doux plaisir du vice.



     La Contre Saint-Valentin         





CONTR' AMOUR

Quelle fureur tenaillant les esprits,
Faict tristement sangloter tant de crîs
     A ces sots que l'Amour transporte ?
Quel vain souci dont ils vont soupirant
Les fait brûler, glacer, vivre en mourant,
     Enrager de douleur si forte ?

Pauvre aveuglé, pauvre sot amoureux,
Pauvre transi, pauvre fol langoureux,
     Pauvre insensé, quelle furie
Te fait ainsi languissant vainement,
Passer en dueil, & combler de tourment
     Ta pauvre & miserable vie ?

Mais, pauvre sot, il ne te suffit pas
En un moment sentir mille trépas
     Pour ce fol amour qui t'atize,
Il faut encor  en broüiller à milliers
Et mille & mille vains papiers
     Témoins de ta lourde sottise

(…)

On pourra lire la poésie entière sur
gallica, page 20.


Dans
Oraison de Iaques Tahureau au Roy…
Plus quelques vers du mesme autheur
dediez à Madame Marguerite

(Paris, chez la veusve Maurice de la Porte, 1555)



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