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Théophile Gautier voyait en La Pucelle de Voltaire une
« infâme priapée, abominable comme intention
et d'une médiocrité singulière » (Chapelain,
Les Grotesques, Plein Chant,
p. 276*). Un curieux jugement, que l'on ne peut
expliquer que par le mépris systématique affiché
par les romantiques de 1830 pour Voltaire. Il est
vrai que Voltaire lui-même avait écrit au marquis
de Thibouville (21 mai 1755) : « Ma pauvre
pucelle devient une putain infâme », mais il
faisait allusion aux versions interpolées qui
circulaient manuscrites. Comme sa propre Pucelle,
d'ailleurs, commencée entre 1725 et 1730, comptant
neuf chants en 1735 (la version définitive en aura
vingt et un) et publiée pour la première fois en
1755 (quinze chants)
— l'édition à laquelle il faisait allusion dans sa
lettre, faite d'après un manuscrit volé auquel on
avait ajouté « des grossièretés
insupportables », précise-t-il à Thibouville.
Innombrables furent les manuscrits fautifs, vendus
cher, et les éditions tout aussi fautives. Voltaire
lui-même, disait Palissot, avait engagé des copistes
chargés de répandre le plus grand nombre possible de
manuscrits anonymes, pour lesquels il fournissait
des vers détestables et des péripéties plutôt
lestes, cela afin de pouvoir désavouer en bloc
toutes les versions de La Pucelle.
De La Pucelle, les lecteurs ont
retenu la séduction de l'âne, au vingtième chant.
Jeanne se déplaçait sur le dos d'un âne ailé, pris
par Voltaire chez l'Arioste (Roland furieux),
mais la copulation entre un âne et une femme vient
de L'Âne d'or
d'Apulée, lui-même inspiré d'une histoire de Lucien,
Lucius ou l'âne. Cet
épisode, cependant, n'est pas isolé. Si Chapelain
avait fait de Jeanne une sainte, elle était, pour
Voltaire, une plantureuse fille de la campagne, mais
chez l'un et l'autre elle doit, pour sauver la
France, rester vierge. On ne s'étonnera pas du
nombre d'aventures dues à ce pucelage, mais Jeanne
n'est pas la seule femme érotisée, Agnès Sorel, la
maîtresse de Charles VII, si féminine à côté de la
virile Jeanne, l'est aussi, et Dorothée, condamnée à
être empalée. Un personnage nommé Hermaphrodix (dans
certaines éditions Conculix) permet de rendre
présente l'ambiguïté sexuelle, et un lieu de
délices a pour nom château de Cutendre.
On donne ci-dessous
quelques-unes des joyeusetés de ce poème, dit
héroï-comique, qui montrent combien est inadéquate
l'expression d'infâme
priapée. Voltaire parlait de plaisanterie,
« ma
folie », disait-il. Le texte était fait pour amuser
et s'il scandalisa les esprits étroits, il amusa les
autres, puis tomba dans l'oubli.
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* Les Grotesques, par Théophile Gautier, publié en 1993 par Plein Chant, sera prochainement republié. |
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MADAME DE POMPADOUR Telle
plutôt cette heureuse grisette
Que la nature ainsi que l'art forma Pour le b..... ou bien pour l'Opéra (Chant II) ![]() LA QUESTION FONDAMENTALE «
Jeanne, écoutez ; Jeanne, êtes-vous pucelle ? »
Jeanne lui dit : « O grand sire, ordonnez Que médecins, lunettes sur le nez, Matrones, clercs, pédants, apothicaires Viennent sonder ces féminins mystères ; Et si quelqu'un se connaît à cela, Qu'il trousse Jeanne, et qu'il regarde là. » (Chant II) ___ Note de Voltaire, 1762 : Effectivement, des médecins et des matrones visitèrent Jeanne d'Arc, et la déclarèrent pucelle. ![]() BLESSURE MAL PLACÉE Sacrogorgon, abaissant sa visière, Toujours jurant s'en allait en arrière ; Dunois le joint, l'atteint à l'os pubis Le fer sanglant lui sort par le coccis*. (Chant VII) ___ Note de Voltaire, 1762 : Il n'est pas honnête d'être blessé là. ![]() VIOL
BURLESQUE
Malgré les cris, malgré les pleurs d'Agnès, Il triomphait de ses jeunes attraits, Il ravissait des plaisirs imparfaits ; Transports grossiers, voluptés sans tendresse Triste union sans douceur, sans caresse, Plaisir honteux qu'Amour ne connaît pas Car qui voudrait tenir entre ses bras Une beauté qui détourne la bouche, Qui de ses pleurs inonde votre couche ? (Chant X) ![]() DÉSIR Monrose au parc descendit sans rien dire. Le confesseur tout saintement soupire, Voyant passer ce beau jeune garçon, Qui lui donnait de la distraction. (Chant XIII) ![]() UNE CHUTE Son quadrupède un haut-le-corps lui fit, Qui dans le pré Jeanne d'Arc étendit Sur son beau dos, sur sa cuisse gentille, Et comme il faut que tombe toute fille. (Chant XIII) |
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L'âne éclairé surmonta toute honte ; De l'écurie adroitement il monte Au pied du lit où, dans un doux repos, Jeanne en son cœur repassait ses travaux ; Puis doucement s'accroupissant près d'elle, Il la loua d'effacer les héros, D'être invincible, et surtout d'être belle. (Chant XX) Illustration
(détail) : La Pucelle
d'Orléans, poëme en vingt-un chants, avec des
notes, Londres, 1780, Deuxième partie, p. 135.
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