Éditions PLEIN CHANT

M a r g i n a l i a

 
Avril 2018




L'esprit des sots


   
Charles-Louis Cadet de Gassicourt, bâtard de Louis XV né en 1769, poète et pharmacien de profession, auteur entre autres d’un Dictionnaire de chimie (1803, en 4 volumes), pharmacien au service de Napoléon Ier, opposant sous la Restauration, mourut le 21 novembre 1821. En 1813 était paru sous l’anonymat L’Esprit des sots passés, présens et à venir, ou Traité d’élognostie, recueilli (et non composé) par l’auteur de Saint-Géran, ou la Nouvelle Langue française ; et dédié à toutes les Académies littéraires (Paris, chez tous les marchands de nouveautés). En épigraphe, deux vers extraits d’une épigramme par Martial, composée de douze vers :
Turpe est difficiles habere nugas
Et stultus labor est ineptiarum

(Il est honteux de s’occuper de niaiseries, et stupide est un travail producteur d’absurdités.)

Ajoutons que l’auteur donne en note le sens du mot élognostie : la science des sots, le mot sot se disant en grec êlos. Lesdites niaiseries ou puérilités littéraires comme les nommaient les poètes conformistes, sont traitées en dix chapitres :

Des Simmies [genre inventé par Simmias, poète de Rhodes, équivalent du genre des calligrammes]
Du style lipogrammatique et pangrammatique. Des vers léonins et paranoëmes ou tautogrammes
De l'anagramme, du chronogramme, du logogriphe, de l'énigme et de la charade
Des rébus, du style macaronique, des pointes et quolibets, de la contrepeterie
Des bouts-rimés, de l'acrostiche, des vers rétrogrades, des centons, des vers protées
Des échos, des anadiploses, des vers notés et chiffrés
Compositions monosyllabiques, vers coupés et vers mêlés
De l'amphigouri et des couplets équivoqués
Du calembourg et de l'homonymie
De l'encyclologie [l’art de parler et d'écrire sans préparation sur toute espèce de sujets].

Quelques extraits :

  

Page 80, un vers qui contient toutes les
lettres de l’alphabet de l'époque, composé par Jean Tzetzès, auteur byzantin du XIIe siècle, qui se serait  inspiré d’un tel vers en latin :

  


Qui flamboyant guidait Zéphire sur ces eaux







Page 90, deux anagrammes.  La première, très connue, sur 
le frère Jacques Clément, assassin du roi Henri III (1er août 1589), la seconde sur Pierre Ronsard.


  

1/ c’est l’enfer qui m’a créé

2/ rose de Pindare


  

  

Page 110, un
rébus. « Quelquefois de simples lettres mises en lignes et prononcées par leurs noms alphabétiques sont un rébus. » Ainsi Hélène de Troie, l’héroïne de l’Iliade :

  


L.N.N.E.O.P.Y.L.I.A.T.T.I.A.M.E.I.A.C.D.I.A.V.Q.L.I.J. veut dire : Hélène est née au pays grec, elle y a tété, y a aimé, y a cédé, y a vécu, elle y gît.





Page 112, un autre rébus :





« J’ai grand appétit » sera représenté par G. a.




  
   Page 140, le début d'un madrigal en vers
chiffrés :


Que ton sourire est doux ! il transporte chac…1

S'il était des cœurs froids, tu triompherais……2

Jadis pour toi les Grecs auraient embrasé……3

Tu me plais sans effort et sans te mettre en…. 4

[etc.]





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